[Le Monde] Le député « frondeur » Pouria Amirshahi veut créer un lobby citoyen

Par Hélène Bekmezian

Le constat n’est plus à établir : dans le monde politique, personne ne conteste que le fossé se creuse chaque jour un peu plus entre les citoyens et leurs représentants. Mais, sur les réponses à apporter, les idées diffèrent et c’est au tour du député socialiste Pouria Amirshahi d’avancer maintenant la sienne, avec le « Mouvement commun » qu’il va lancer le 8 novembre.

« L’opinion publique pense que les gouvernements sont soit incapables, soit pas sincères et les gens finissent par baisser les bras. L’idée de ce mouvement c’est de se dire : “puisque les politiques n’y arrivent pas, alors faisons sans’’. C’est un appel à ne pas se laisser faire », explique l’élu des Français de l’étranger. Travailleur social de formation, il veut promouvoir « ceux qui sont dans la production d’idées, dans l’action concrète » et pour cela mélanger monde politique et mouvement social pour créer une sorte de grand lobby citoyen, de « plate-forme pour faire contre culture et s’imposer dans le débat d’idées ».

« Le temps est venu de reprendre en main notre destin, de créer et d’organiser ensemble le monde dans lequel nous aspirons à vivre », peut-on lire dans le texte fondateur du mouvement commun, signé par près de 1 000 personnes. Dans la liste, des chefs d’entreprises, des ouvriers, des ingénieurs, des étudiants mais aussi des représentants de mouvements associatifs qui « signent tous en leur nom propre » insiste Pouria Amirshahi. Parmi eux, Bocar Niane de « Cité en mouvement » ou encore Samuel Churin, porte-parole de la coordination nationale des intermittents.

PAS QUESTION D’EN FAIRE DES « TÊTES DE GONDOLE »
Quelques hommes et femmes politiques ont également décidé d’accompagner ce « mouvement » mais il n’est pas pour autant question d’en faire des « têtes de gondole » explique le député, qui a tenu à ce que la liste soit présentée par ordre alphabétique, sans différenciation. On y retrouve des élus de la galaxie des frondeurs socialistes, comme le député Laurent Baumel (Indre-et-Loire) ou la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann (Paris). Mais aussi l’ancien ministre Benoît Hamon ou encore le député de Côte-d’Or, Laurent Grandguillaume, d’ordinaire plutôt discret. « Les lieux de débat et d’animation politique sont importants, même si nous ne sommes pas d’accord sur tout », justifie le jeune député, qui soutient que si les gens se désintéressent des hommes et des femmes politiques, ils gardent un intérêt pour le sujet.

Comme lui, le sénateur et secrétaire national du parti communiste, Pierre Laurent, le député du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Luc Laurent, ou encore les écologistes Noël Mamère et Sergio Coronado ont signé l’appel, attirés par cette « volonté de construire des passerelles, de créer un lieu de discussion libre de toute discipline de parti », comme l’explique M. Coronado. « On a besoin de se parler, de faire tomber les barrières artificielles entre militants, élus et citoyens. Il faut se substituer aux vieux clivages droite-gauche et haut-bas », appuie le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, qui a également rejoint le mouvement.

Si le « Mouvement commun » arrive à fédérer avant même son lancement officiel, c’est aussi grâce à la personnalité de son fondateur. Pour Julien Bayou, « la sincérité de Pouria et son humilité mettent en confiance ». « Il est libre, ouvert, ne cherche pas à se mettre en avant », poursuit Sergio Coronado. L’intéressé assure avec force que cette nouvelle formation n’est pas « son » truc et prévoit, pour le rendez-vous du 8 novembre qui se tiendra à Montreuil, des « ateliers » pour « construire ensemble le Mouvement commun ». Sera aussi présentée une « Web TV », qui sera notamment le lieu de débats contradictoires ou d’un « journal des bonnes nouvelles » sur les expériences concrètes qui marchent. Et après ? Certains anticipent déjà la suite, à l’instar de Julien Bayou, qui imagine une « phase de concrétisation » avec une « primaire ouverte » dans l’objectif de la présidentielle. Mais Pouria Amirshahi lui ne veut pas en entendre parler et assure vouloir « prendre le temps » pour construire la « reconquête culturelle » de la gauche, même si cela implique de passer outre 2017.

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